• Industrialisation, urbanisation, émigration

    - Le XIX° siècle peut être qualifié « d’âge industriel ». Quels sont les moteurs et les grandes étapes de l’industrialisation ? En quoi certaines industries sont-elles emblématiques de ces transformations ? L’expansion industrielle produit de profondes transformations économiques et sociales. Comment le développement industriel a-t-il bouleversé l’économie et la société du XIX° siècle ?

    - Elle s’accompagne également d’une importante expansion urbaine. Quelles sont les mutations produites par ces évolutions ?

    - Au XIX° siècle, la puissance de l’Europe est considérable. La colonisation est une expression de cette puissance. Quels en sont les facteurs et les formes ? Pourquoi et comment les puissances européennes se lancent-elles à la conquête du monde ? Quelles sont les conséquences de la colonisation en ce qui concerne les relations entre les principaux États européens ?

     

    Quels sont les caractères de l’expansion industrielle et urbaine en Europe ?

    À partir de 1850, le continent européen connaît une croissance extraordinaire qui permet le développement d’une production de masse et définit les règles du capitalisme libéral, à l’origine de sa suprématie économique et financière. C’est un phénomène mondial commencé au XVIII° siècle en Angleterre.

    Pour le désigner, les historiens et les économistes ont longtemps employé les expressions de « révolution industrielle », « décollage » ou « take-off ». Aujourd’hui, on leur préfère le terme d’ « expansion industrielle » qui rend mieux compte d’un processus qui s’est étalé sur plusieurs générations.

    Le terme de « révolution » appartient au vocabulaire politique : désigne un changement brutal, une rupture. S’applique mal au cas français pour lequel il vaut mieux parler de « transition industrielle ».

    L’expansion industrielle se caractérise par la convergence de plusieurs facteurs :

    -          percée technologique ;

    -          développement du machinisme ;

    -          exploitation de nouvelles sources d’énergies ;

    -          progrès de l’agriculture ;

    -          poussée démographique (grâce aux progrès de la médecine).

    L’essor des villes (qui est sans précédent) s’explique par :

    -          la croissance démographique ;

    -          la concentration de main d’œuvre ouvrière ;

    -          l’exode rural favorisé par la révolution des transports ;

    -          le développement des fonctions administratives.

    La ville attire aussi comme lieu de loisirs et de détente. En 1910, à la suite d’une croissance continue du taux d’urbanisation, la majorité des habitants de l’Europe occidentale vit en ville.

     

    I – L’expansion industrielle en Europe.

     La « révolution industrielle » ou l’industrialisation désigne le phénomène de développement de l’industrie des années 1760-1780 aux années 1860-1880 et au cours desquelles se sont opérés en Angleterre puis en Europe de l’ouest, la rupture avec une économie agraire et artisanale et le développement du machinisme. Elle transforme radicalement la société et les paysages.

    L’historiographie de la « révolution industrielle » révèle un débat sur l’utilisation du concept de « révolution » qui implique une rupture des modes de production et des technologies dans la vie quotidienne. Certains historiens préfèrent le terme d’ « industrialisation », selon une thèse plus évolutionniste, qui témoigne de transformations progressives plutôt que de discontinuités brutales. Ils admettent une accélération du mouvement de l’économie, mais ils refusent la rupture que suppose une révolution. Ils insistent sur la longue durée, les permanences et la lenteur des évolutions.

    L’organisation traditionnelle du travail (artisanat, atelier, travail à domicile) cohabite avec les innovations techniques et la concentration industrielle (usines). Mais les contemporains ont eu le sentiment de vivre des bouleversements.

     

        1)      Les origines et les moteurs du changement. 

    A débuté en Angleterre vers 1780. Correspond à la diffusion d’inventions techniques substituant la machine au travail à la main et la force de la vapeur à l’énergie humaine ou animale.

    La France s’est industrialisée après l’Angleterre, à partir des années 1830 (Monarchie de Juillet) et c’est sous le Second Empire qu’elle connaît une forte croissance économique.

    Plusieurs facteurs sont à l’origine du changement opéré à cette époque :

    • La croissance démographique depuis 1750  fournit une main d'œuvre abondante, et augmente la demande en biens de consommation.
    • La modernisation de l'agriculture La révolution agricole commence au XVIII° siècle au Royaume-Uni. Elle repose sur la suppression de la jachère, remplacée par la culture de plantes fourragères qui n’épuisent pas le sol mais l’enrichissent. Le volume des terres disponibles augmente ainsi d’un tiers et l’élevage se développe fournissant davantage d’engrais ce qui améliore la production.

    v  La nourriture devient plus abondante, plus variée.

    v  Le revenu agricole augmente permettant aux agriculteurs d’acheter des machines, ce qui stimule l’industrie. Les progrès du machinisme agricole permettent de libérer de la main d’œuvre qui quitte les campagnes et devient disponible pour l’industrie.

    • La première RI débute par le développement de l’industrie textile avec la multiplication des élevages de moutons au R.U qui stimule cette industrie au départ. On invente  de nouvelles machines à filer et tisser. L’utilisation d’une fibre nouvelle, le coton, se généralise. Sa solidité permet d’en mécaniser assez facilement la production (filage et tissage).
    • L’invention de la machine à vapeur:

    Dès la fin du XVII° siècle, le français Denis Papin découvre que la vapeur dispose d’une force motrice. La mise en œuvre de nouvelles sources d’énergie contribue aussi aux progrès de la productivité. L’énergie humaine, animale ou hydraulique fournissait en 1815 presque toute la force dépensée dans le travail. Elle est suppléée et dépassé par la vapeur (mise au point en 1769 de la première machine à vapeur par l’anglais James Watt) produite par la combustion du bois et surtout du charbon.

    Elle a servi à faire fonctionner en premier les métiers à tisser.

    Elle permet d’obtenir un mouvement circulaire grâce auquel on fait tourner d’autres machines (machine à tisser, scies mécaniques …).  Cette machine se diffuse rapidement en Angleterre, puis dans les autres pays européens, mais le Royaume-Uni conserve longtemps son avance.

     

        2)      La première industrialisation.

     La première industrialisation (1840-1860) repose sur le charbon (énergie nécessaire à la machine à vapeur mise au point par l’anglais James Watt en 1769) et sur de nouvelles techniques, notamment les machines textiles et les procédés de fabrication de la fonte et de l’acier.

     

     

            a.      Le développement du machinisme.

    • La première industrialisation est caractérisée par le développement du machinisme dans tous les domaines où son utilisation est possible :

    v  dans l’industrie textile pour entraîner les machines à filer et à tisser ;

    v  dans l’industrie minière pour actionner les ascenseurs, la ventilation et les pompes à eau ;

    v  dans l’industrie métallurgique pour actionner les marteaux-pilons.

    • Chaque machine à vapeur permet d’entraîner, à elle seule, plusieurs autres machines en même temps.

     

            b.      De nouvelles façons de produire.

    • La première industrialisation  marque la fin de l’atelier rural où l’artisan travaille à son compte ou pour un marchand. La machine à vapeur oblige à concentrer autour d’elle les activités de la production qui ne peut plus dès lors être disséminée. Cette concentration de la production provoque la naissance des usines, symboles de la première industrialisation.
    • Cependant, le processus est lent et ne signifie pas la disparation des ateliers artisanaux. Le travail artisanal rural, à domicile se maintient dans de nombreuses régions tout au long du XIX° siècle.

     

            c.       La production de charbon.

    • La production de charbon connaît une croissance rapide grâce à la multiplication des machines à vapeur qui en facilitent l’extraction. Le charbon de terre (houille noire) est à la fois une source d’énergie et une matière première : il alimente les nouvelles machines à vapeur (mise au point de la machine à vapeur par l’anglais James Watt) qui permettent la mécanisation, d’abord, de la production textile, particulièrement du coton (métiers mécaniques), puis est utilisé dans la fabrication de l’acier (grâce au convertisseur Bessemer, dès 1855, qui transforme la fonte en acier, indispensable à la sidérurgie pour la création des rails de chemin de fer).
    • La production de charbon est stimulée par la forte demande de l’industrie métallurgique.

     

            d.      Les progrès de la métallurgie.

    La métallurgie est particulièrement sollicitée : production de machines agricoles, de rails, de machines textiles, de rails … Ces productions en métal remplacent progressivement le bois. Les progrès de la métallurgie sont rapides : on passe de la fonte (cassante) au fer, puis à l’acier.

     

    En France, durant les années 1850 à 1870, on distingue trois secteurs « moteurs » :

    - l’exploitation du charbon, l’extraction du fer : la production de fonte est multipliée par 2, celle de houille par 3 ;

    - le développement d’une sidérurgie moderne et des constructions mécaniques ;

    - la naissance d’une industrie textile qui comprend trois secteurs : la laine qui importe de la matière première d’Argentine et d’Australie et est surtout présente dans le Nord, le coton, affecté par la guerre de Sécession aux États-Unis et travaillé dans la région de Mulhouse et de Rouen, et la soie, prospère à Lyon, qui utilise une matière première qui arrive d’Extrême-Orient.

    La géographie industrielle présente une France coupée en deux :

    - une France du nord et de l’est : qui comprend des foyers industriels liés à l’industrie textile et à l’extraction de charbon. Le Nord-Pas-de-Calais, fer de lance de la croissance s’impose comme

    première région industrielle française avec la primauté de Lille-Roubaix-Tourcoing dans la production textile (laine et coton).

    Les villes dans lesquelles naît et se développe l’industrie se transforment ; elles annexent les faubourgs (partie de la ville située hors de son enceinte) et même quelquefois les villes satellites, anciennes communes rurales. C’est le cas de Roubaix-Tourcoing qui offre un des premiers exemples de conurbation industrielle (réunion de plusieurs villes industrielles).

    - une France de l’ouest encore majoritairement rurale.

     

        3)      La révolution des transports.

     

            a.      Le chemin de fer, association de la vapeur et de l’acier, est une conséquence de l’industrialisation.

    • En 1830, l’anglais Georges Stephenson crée la première locomotive à vapeur et les premières lignes de chemin de fer sont construites au Royaume-Uni. Les autres pays européens se lancent également dans la construction de lignes : le kilométrage total du réseau ferré en Europe augmente considérablement au cours du XIX° siècle.
    • Le rail permet d’accroitre considérablement la rapidité et la capacité de transport. Toutes sortes d’équipements et d’ouvrages doivent être construits parallèlement au développement du réseau ; ponts, tunnels, gares … Le développement du rail stimule la production sidérurgique.  La première ligne est ouverte en 1825 en Angleterre, mais il  faut attendre 1860 pour qu'il devienne un moyen de transport couramment utilisé.
    • La croissance industrielle s’appuie sur l’essor des transports qui transforme en profondeur la nature des modes de communication et de la société. Cet essor concerne dans un premier temps le chemin de fer. Le lien est étroit entre l’essor du rail et les progrès de la métallurgie.

    Jusqu’en 1914, le règne du rail donne naissance à une France nouvelle, transformée par le développement des échanges.

    D’abord réticents, les Français (bourgeois, artisans, ouvriers) sont bientôt fascinés par le chemin de fer. Cet engouement est dominé par l’idée que le chemin de fer, en intensifiant les échanges entre les hommes, peut assurer la prospérité et réaliser l’unité de la nation.

     

    • Quelles conséquences de l’expansion du chemin de fer ?

    v  Dans les années 1860-1880, le chemin de fer transforme le tissu industriel et donne naissance à de nouvelles régions industrielles : le Nord, le Creusot et Saint-Étienne pour la sidérurgie ; Rouen, Lille, Roubaix et Mulhouse pour l’industrie textile.

    v  C’est aussi la création d’une nouvelle catégorie de travailleurs (les cheminots) et la modification des modes de vie. Le nombre de voyageurs passe de 9 millions en 1845 à 250 millions en 1885. L’histoire des transports évolue au rythme des innovations techniques. En assurant des trafics sans cesse accrus et moins coûteux, le chemin de fer joue un rôle si décisif dans l’émergence de la civilisation de l’âge industriel que le XIX° siècle est appelé « siècle du chemin de fer ».

     

            b.      Les transports maritimes.

    Les progrès techniques du XIX° siècle transforment radicalement les transports maritimes :

    v  la coque des navires n’est plus en bois mais en fer puis en acier ;

    v  la vapeur remplace la voile comme moyen de propulsion.

    Grâce à ces transformations, la capacité de transport et la vitesse des navires augmentent considérablement. Les délais des transports intercontinentaux sont raccourcis significativement. Le bateau à vapeur et en fer fait son apparition en 1807, puis se généralise après 1850.

    Le canal de Suez qui permet d’éviter le contournement de l’Afrique est ouvert en 1869.

    Ex : Europe – Amérique du Nord en une centaine d’heures vers 1910 contre 8 fois plus un siècle auparavant

     

            c.       La naissance des transports modernes.

    • À la fin du XIX° siècle, la découverte du moteur à explosion (moteur qui fonctionne grâce à la combustion d’un gaz provenant d’un carburant (souvent un dérivé du pétrole), fonctionnant au pétrole donne naissance à l’automobile. La Ford T est, en 1908, la première voiture produite en série.
    • Les grandes villes s’équipent de lignes de tramway ou de métro fonctionnant à l’électricité. Londres inaugure sa première ligne de métro en 1863 et Paris en 1900, au moment de l’Exposition universelle.
    • L’aviation n’en est encore qu’à ses débuts, même si Blériot parvient à traverser la Manche en avion en 1909.

     

            d.      La révolution des échanges.

    v  On assiste à une réduction des délais et des coûts du transport ;

    Les marchandises circulent en plus grande quantité sur terre comme sur mer.

    Les régions sont moins enclavées et certaines d’entre elles peuvent alors se spécialiser dans des productions particulières ;

    Le commerce mondial augmente considérablement en volume et plus encore en valeur.

    v  On assiste à une véritable DIT (Division internationale du travail) : l’Europe est le 1er exportateur de produits manufacturés et le premier importateur de produits bruts.

    Les hommes se déplacent plus nombreux et plus loin, les informations circulent plus rapidement. Les premières expositions universelles sont organisées, à partir des années 1850 = témoignage d’une nouvelle ère culturelle.

     

    Cette révolution des transports modifie donc les mentalités, les représentations que les sociétés peuvent se faire de leur espace de vie, et accélère la diffusion des savoirs, les échanges culturels. Mais, il ne faut pas croire en un enthousiasme unanime car ces changements créent l’effroi, l’inquiétude, le scepticisme, les rivalités.

     

        4)      La deuxième industrialisation.

     La deuxième industrialisation (1880-1930)  repose sur de nouvelles sources d’énergie : l’électricité et le pétrole.

     

            a.      De nouvelles énergies.

     

     

     

     

    L’électricité

    • Déjà connue depuis un siècle, on sait produire l’électricité industriellement à partir des années 1880 grâce à l’invention de la dynamo actionnée souvent par la force de l’eau. Les régions de montagne connaissent un certain développement grâce à l’hydroélectricité.
    • On découvre et on met en œuvre les premières lignes à haute tension. Le moteur électrique est plus souple d’utilisation que la machine à vapeur. Il permet de faire fonctionner tramways et métros (pour faciliter les transports urbains), mais aussi de petites industries. L’électricité améliore l’éclairage des rues puis des foyers, améliore les possibilités de communication, permet la naissance et le développement du cinéma grâce au projecteur électrique mis au point par les frères Lumière.

     

    Le pétrole

    Grâce à l’invention du moteur à explosion (moteur à essence), le pétrole devient une source d’énergie importante. Le moteur à explosion, beaucoup plus léger que la machine à vapeur, permet l’apparition de l’automobile vers 1886, et celle de l’aviation (1903 : premier vol des frères Wright aux États-Unis).

     

            b.      De nouvelles productions.

    • Le travail à la chaîne (fondé sur la séparation entre les travaux de conception et les tâches d’exécution, le travail à la chaîne vise à éviter tout geste inutile, mais conduit à la répétition cadencée de gestes toujours identiques), organisation scientifique du travail se met en place et, dès le milieu du XIX° siècle, les grandes entreprises s’organisent en sociétés par actions ce qui leur permet de réunir davantage de capitaux.
    • La production d’automobiles n’est d’abord que confidentielle mais se développe peu avant la Première Guerre mondiale (Renault, Ford …)
    • L’industrie chimique produit des colorants, des engrais, des textiles synthétiques.
    • La production métallurgique se diversifie grâce à l’électricité (électrolyse) : la fabrication industrielle de l’aluminium est maîtrisée vers la fin des années 1880.

     

            c.       Les localisations

    Réalisée d’abord aux États-Unis et en Allemagne, la deuxième industrialisation se développe en France dans les anciens centres industriels, comme le Nord, et est aussi fondée sur la naissance de nouvelles industries comme la chimie, l’automobile et l’exploitation du fer de Lorraine. Le triangle Milan-Gênes-Turin se dessine.


    II – Les transformations économiques et sociales.

        1)      En économie.

            a.      Le développement du capitalisme.

    L’industrialisation s’accompagne de l’essor du capitalisme. L’industrie stimule le placement de capitaux dans les recherches de nouvelles techniques : l’investissement permet à terme l’innovation qui signifie l’augmentation de la productivité et qui permet de poursuivre les investissements.

    Les investissements liés à l’industrialisation (construction d’usines, creusement de mines, acquisition de machines et de matières premières …) nécessitent des capitaux de plus en plus importants que les entreprises familiales ne peuvent souvent plus réunir. Pour favoriser la mise à disposition de tels capitaux, un nouveau statut de l’entreprise voit le jour et se généralise : la société par actions (c'est une société dont le capital est divisé en parts ou actions anonymes, détenues par des actionnaires).

     

            b.      Le développement des banques.

    Dans la première moitié du XIX° siècle, il n’existe que des banques d’affaires, très peu nombreuses et qui n’ont pas de contacts avec le public.

    À partir du milieu du siècle apparaissent les premières banques de dépôts qui recueillent l’épargne de la population et disposent ainsi de capitaux à prêter pour le développement de l’industrie. Ces banques de dépôts se dotent progressivement d’un réseau de plus en plus étoffé d’agences locales (Crédit immobilier en 1852, Crédit Lyonnais en 1863 …). La croissance remarquable de l’industrie est rendue possible par la révolution bancaire. L’enjeu financier est également facteur d’innovations.

     

            c.       La concentration financière et géographique des entreprises.

     

     

     

     

    Concentration financière

    1ère moitié du XIX° siècle : entreprises souvent familiales ou individuelles.

    2ème moitié du siècle : mouvement de concentration financière pour disposer de capitaux de plus en plus importants.

    Concentration peut être :

    verticale si une même entreprise contrôle toutes les étapes d’une production (des matières premières jusqu'au produit fini).

    horizontale si elle contrôle une production de façon presque monopolistique.

    Les C.F aboutissent à la constitution de kartells en Allemagne ou de trusts aux États-Unis. En France, les très grandes entreprises de ce type sont plus rares.

     

     

     

     

    Concentration géographique

    Au XIX° siècle la production industrielle se concentre :

    v   à proximité des sources de matières premières (mines de charbon et de fer)

    v  ou à proximité des ports fluviaux et maritimes approvisionnées en matières premières.

    La production se concentre également en milieu urbain pour disposer de main d’œuvre et s’assurer des débouchés nombreux. Les usines se situent à proximité des voies de chemins de fer.

    On assiste à la création de vastes régions industrielles là où le charbon est abondant : on les appelle les « pays noirs ».

     

    L’industrialisation est favorisée par l’essor du capitalisme financier : le développement des sociétés par actions et la concentration du capital (apparition des trusts aux États-Unis, des konzern en Allemagne).


        2)      Des sociétés en mutation.

     

    L’avènement de l’âge industriel bouleverse les sociétés en développant la classe ouvrière et en renforçant le pouvoir de la bourgeoisie par l’apport des classes moyennes. On note un net recul du monde paysan dont les effectifs se réduisent et un renouvellement des classes dirigeantes.

    La société urbaine se transforme et les mutations économiques accentuent les écarts.

     

            a.      Les catégories en déclin sont celles liées au travail et à la propriété de la terre.

    • La noblesse voit son assise économique se rétrécir (la terre rapporte moins que l'industrie et le commerce) et son influence politique s'affaiblit. Elle reste cependant très influente pour certaines fonctions (armée, diplomatie). Elle recherche souvent des alliances familiales (par mariage) avec les dynasties ayant fait fortune dans l’industrie. Elle investit ses capitaux dans les manufactures et les opérations commerciales.
    • La paysannerie connaît un affaiblissement continu ; son poids dans la population recule, l'exode rural touchant surtout les ouvriers agricoles et les petits propriétaires (pour les uns avec l’espoir d’un séjour seulement temporaire, le temps d’accumuler des moyens financiers  d’acheter une terre, pour les autres en cherchant à s’intégrer au mieux comme ouvrier). Cette prolétarisation est la conséquence de la modernisation de l'agriculture.

     

            b.      Le renforcement du pouvoir de la bourgeoisie.

    • La bourgeoisie (banquiers, financiers, industriels, négociants …) est la grande bénéficiaire de la révolution industrielle, elle regroupe un monde hétéroclite. D’autre part :

    v  elle détient  les moyens de production et d’échanges ;

    v  elle détient la propriété immobilière ;

    v  elle contrôle l’ensemble du pouvoir économique.

    De véritables dynasties familiales se sont créées (Schneider en France, Thyssen en Allemagne).

    • La bourgeoisie prend possession du pouvoir politique au parlement ou au gouvernement. Ils tiennent à se distinguer des ouvriers. Ils sont fiers de leur réussite et attachent de l'importance à l'éducation, à l'épargne, à l'effort individuel. Les bourgeois sont favorables au libéralisme économique (capitalisme)  qui prône la liberté d'entreprendre, sans aucune contrainte, c'est à dire que les prix et salaires soient fixés en fonction de l'offre et de la demande.
    • En Europe du centre et de l’est, demeurée plus rurale, l’aristocratie reste dominante.


            c.       L’émergence des classes moyennes.

    • Entre la bourgeoisie et le monde ouvrier, prennent place les classes moyennes. Elles sont en grande partie le produit de la modernisation. Elles sont hétérogènes dans leur composition et leur évolution. Dans l’ensemble, les classes moyennes ont un souci d’ascension sociale.
    • Il existe une mobilité sociale au sein des classes populaires. Ex : Des petits producteurs, artisans, boutiquiers parviennent parfois à obtenir une ascension sociale, de même que certains ouvriers qualifiés, d’abord apprentis, puis compagnons, qui parviennent à créer leur propre structure de production, familiale et indépendante. Petits propriétaires, petits patrons, commerçants, ils constituent une classe moyenne grâce à cette ascension sociale.
    • La seconde moitié du XIX° siècle voit aussi l’émergence d’une nouvelle catégorie de professions qui permettent l’accès à des conditions de vie qui définissent la classe moyenne. Ex : Ce sont des cadres de l’industrie, des techniciens, des représentants, des personnels de bureau, des contremaîtres mais aussi des fonctionnaires, des employés des services publics (lié à l’essor des communications et du chemin de fer), des banques, des grands magasins ou des instituteurs de l’école de la République (avec les progrès de l’instruction).
    • Les conditions de vie sont très variables.

    Certains sont à la merci de la moindre conjoncture défavorable, avec des revenus à peine supérieurs à ceux d’un ouvrier spécialisé, mais d’autres arrivent à s’assurer la stabilité de la bourgeoisie et bénéficient de réseaux d’amitiés ou familiaux plus efficaces. Ils sont le plus souvent  locataires de leur logement, et de leur boutique, mais peuvent aussi en devenir propriétaires.

    • Se distinguant du monde ouvrier et paysan par leurs modes de vie et leurs mentalités, les classes moyennes partagent avec la bourgeoisie des valeurs communes : l’ardeur du travail, le sens de l’épargne, l’attachement à la propriété et à l’ordre.

    Leur émergence est considérée comme un des phénomènes majeurs du XIX° siècle.

     

            d.      Le travail en usine.

    • Un nouveau cadre de production : l’usine.

    L’industrialisation s’accompagne de nouvelles formes d’organisation de la production industrielle. C’est le factory system qui apparaît pour la première fois en Angleterre.

    La mécanisation entraîne la mise en place d’une manufacture (fabrique) concentrée rassemblant machines et prolétaires.

    L’usine constitue le nouveau cadre de travail avec distribution rigoureuse des tâches et institution d’une discipline stricte à laquelle les ouvriers ont du mal à se plier.

    L’usine ne s’est imposée que lentement et n’a pas fait disparaître les ateliers artisanaux.

    Elle fait naître un nouveau type de paysage industriel symbolisé par Manchester dans la première moitié du XIX° siècle (hautes cheminées, épaisse fumée noire qui pollue l’atmosphère et noircit l’habitat), la Ruhr, les Midlands à la veille de la guerre.

    • Les ouvriers de l’industrie. Le monde ouvrier présente au XIX° siècle une grande hétérogénéité. Le poids de la classe ouvrière ne cesse de se renforcer dans les pays industrialisés au cours du siècle.

    Ils sont de plus en plus nombreux au cours du XIX° siècle et leur poids dans la vie sociale et politique des pays industrialisés ne cesse de se renforcer (50% des actifs au Royaume-Uni).

    Ces ouvriers, dont la plupart viennent des campagnes sont mal payés et facilement licenciés dès qu’une crise survient.

    L’essor de la grande industrie entraîne la multiplication du nombre d’usines et d’ouvriers. Les ouvriers d'usine deviennent majoritaires et sont de plus en plus concentrés dans les villes.

    1866

    1876

    1896

    1906

    2 900 000

    3 300 000

    4        400 000

    5 100 000

    J. Marseille et al, Histoire 1re, Nathan, 1997, p.35

    Leurs conditions de travail et de vie sont particulièrement pénibles :

    12 à 15h de travail par jour, six jours par semaine ;

    les usines sont bruyantes et mal ventilées ;

    les ouvriers sont au service des machines, elles sont dangereuses et provoquent de nombreux accidents du travail qui ne sont timidement indemnisés qu’à partir de la fin du XIX° siècle.

    v  les salaires sont particulièrement bas et les ouvriers sont soumis aux amendes de l’entreprise, ce qui réduit encore leurs revenus.

    le risque de chômage dû à la croissance démographique, des règlements intérieurs de fabriques très sévères est présent ;

    ils ne jouissent d’aucune protection sociale et perdent leur salaire (en cas de maladie ou d’accouchement);

    v  il n’existe pas de système de retraite ;

    les femmes et les enfants ne sont pas absents de ce monde ouvrier et travaillent dans les mêmes conditions que les hommes pour des salaires encore plus bas ;

    v  les logements sont souvent insalubres et le budget familial dès lors oblige à une alimentation frugale.

     

    Toutefois, une amélioration matérielle de la condition ouvrière apparaît dans la seconde moitié du siècle :

    v  la durée du travail baisse mais assez faiblement (journée de travail autour de 11h vers 1850, de 10h vers 1900) ;

    v  l’augmentation des salaires permet aux familles ouvrières d’améliorer leur alimentation et leur habillement. La mobilité sociale reste faible.

    Certains patrons se préoccupent d’améliorer le sort de leurs ouvriers :

    amélioration de la qualité de vie (construction de cités ouvrières qui apparaissent dès le milieu du XIX° siècle (corons du Nord : petits pavillons avec jardin) ;

    v  instructions avec écoles professionnelles ;

    premières mesures de protection sociale contre la maladie et l’accident moyennant de faibles cotisations.

    Utopie capitaliste, le paternalisme a pour finalité de rendre les ouvriers et leur famille dépendants et dociles.

    • Politique sociale et action ouvrière.

    La condition ouvrière s’est améliorée à la fois sous l’influence de la croissance économique, de la politique sociale des gouvernements désireux de contenir la poussé ouvrière, et de l’action menée par les ouvriers organisés.

    • Une législation sociale se met progressivement en place.

    La première moitié du XIX° siècle apporte peu d’améliorations sociales aux ouvriers.

    Ex : En France, l’interdiction du travail des enfants de moins de 8 ans est promulguée en 1841.

    Grâce aux actions syndicales de plus en plus nombreuses vers la fin du XIX° siècle, un certain nombre de mesures sont prises en faveur de la condition ouvrière (en France, mise en place de ces mesures entre 1898 et 1914) :

    • responsabilité patronale en cas d’accident du travail ;
    • réduction du temps de travail pour certaines catégories d’ouvriers (mineurs de fond, femmes, adolescents) ;
    • création d’un ministère du Travail ;
    • repos hebdomadaire obligatoire pour les hommes (1906) ;
    • ébauche d’une mise en place d’un système d’assurances sociales en Angleterre (1911) et en Allemagne (1883-1889) : assurance-maladie et assurance chômage.

    Pour une grande part, l’amélioration de leur condition est le résultat de l’organisation des ouvriers eux-mêmes.

    • L’action ouvrière : le mouvement ouvrier s’organise et se structure autour de syndicats ou de partis politiques.
      • La première forme d’organisation typiquement ouvrière est la mise en place d’organisations de secours mutuel en cas de maladie, d’invalidité, de vieillesse.
      • La grève ou coalition est tolérée en Angleterre dès 1824-1825 ; en France en 1864. L’action collective se met en place et les grèves se multiplient. Le motif principal consiste en revendications salariales (2/3 des cas), secondairement en réduction de la durée du travail (journée de 8h).
      • Les syndicats d’ouvriers naissent au Royaume-Uni, puis apparaissent dans les autres pays. D’abord interdits, ils sont peu à peu autorisés (en France : 1884). Leurs moyens d’actions sont les grèves (autorisées en France à partir de 1864 par Napoléon III) et les manifestations. Ils créent des coopératives, des mutuelles, des journaux et des caisses d’aides en cas de grève. Les syndicats s’unissent en confédérations : la Confédération Générale du Travail (CGT) est créée en 1895.

    Les buts de la CGT sont précisés en 1906 dans la charte d’Amiens qui est l’un des textes fondateurs du syndicalisme français. Cette charte rappelle les objectifs du syndicat (l’accroissement du mieux-être des travailleurs qui ne peut se faire que par la diminution des heures de travail et l’augmentation des salaires) et précise un seul moyen d’action, pour elle décisif: la grève générale.

    • Les syndicats représentent la forme d’organisation la plus élaborée du mouvement ouvrier. Selon les pays, le syndicalisme présente des visages très divers : syndicalisme révolutionnaire (CGT en France qui présente la grève générale comme l’arme absolue de transformation de la société) ou réformiste (Angleterre/États-Unis). Il existe des liens entre syndicalisme et partis politiques (Angleterre / parti travailliste), indépendance totale en France (la charte d’Amiens adoptée par la CGT en 1906 prône l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes).
    • Les grèves sont plus nombreuses vers la fin du XIX° siècle. Elles sont souvent durement réprimées par la troupe.

     

    Pour les syndicalistes révolutionnaires

    Objectif à atteindre : la chute du capitalisme et du patronat.

    Moyen d’action ultime est la grève générale destinée à paralyser l’économie.

    Pour les syndicalistes plus modérés qui sont appelés « réformistes »

    Objectif : obtenir du patronat des améliorations salariales et de meilleures conditions de travail.

     

    • Les partis socialistes européens sont également fortement investis dans la défense des intérêts des ouvriers.

    La première Internationale est créée à Londres en 1864 à l’initiative de Karl Marx (1818-1843), activiste politique, philosophe et théoricien allemand, célèbre pour sa critique du capitalisme et sa vision de l'histoire comme résultat de la lutte des classes, à l'origine du marxisme). Elle est à l’origine de la création de partis socialistes nationaux dans les pays européens. Karl Marx et Friedrich Engels sont les théoriciens de ce socialisme. Ils prônent dans le Manifeste du parti communiste (1848), la révolution pour la prise de pouvoir des prolétaires, leur mainmise sur les moyens de production, d’échange, la répartition des profits entre tous, l’égalité sociale et la disparition des classes.

     La deuxième Internationale (1889) prône la solidarité entre tous les travailleurs et refuse tout compromis avec le libéralisme économique. Mais le mouvement souffre de ces divisions :

    ü  les marxistes prônent la nécessité d’une révolution violente dans laquelle les prolétaires doivent jouer un rôle de premier plan ;

    ü  les anarchistes refusent la tutelle d’un État tout puissant, fut-il prolétarien.

    En France, les socialistes occupent des sièges au Parlement à partir des années 1890 mais ils sont divisés en de nombreux courants. En 1905 est créée la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) dont Jean Jaurès est l’un des principaux dirigeants

     

    Les catégories sociales en expansion se divisent en 2 grands ensembles : les ouvriers et les classes moyennes.

     

    III – Une expansion urbaine remarquable.

    La population urbaine européenne est multipliée par 7 au cours du siècle et concerne surtout les capitales, les cités minières, industrielles et les ports.

     

        1)      La croissance urbaine est remarquable dans la deuxième partie du XIX° siècle.

    La ville est au cœur de la civilisation industrielle. L’industrialisation accélère l’urbanisation après 1850. L’urbanisation est donc un phénomène indissociable de l’industrialisation au XIX° siècle.

     

    • Le nombre de grandes villes (celles qui sont supérieures à 100 000 habitants) est multiplié par trois en France, par plus de trois en Grande-Bretagne et par douze en Allemagne.
    • Les raisons de la croissance urbaine sont multiples :

    l’augmentation de la population commencée au milieu du XVIII° siècle, s’accélère au XIX° siècle, grâce aux progrès de la médecine (découverte du principe de vaccination) et à une meilleure hygiène ;

    l’exode rural provoqué par la mécanisation des campagnes, contraint les ouvriers agricoles qui n’ont plus de travail dans les fermes à gagner les villes ;

    les industries s’installent sur les sources d’énergie, les matières premières et à proximité des bassins de main d’œuvre que sont les villes.

    • Les capitales européennes comme Berlin, Paris et Londres se développent de façon spectaculaire.
    • La ville attire aussi comme lieu de détente et de loisirs. En 1910, à la suite d’une croissance continue du taux d’urbanisation, la majorité des habitants de l’Europe occidentale vit en ville.

     

        2)      L’expansion urbaine modifie profondément l’aspect des villes.

    • La ville se dilate, obligée d’intégrer les faubourgs ou les zones d’urbanisation nouvelle. L’inadaptation de la ville traditionnelle à la croissance urbaine paraît évidente aux contemporains. La ville devient un objet de réflexions pour les hygiénistes, les médecins, les penseurs politiques.
    • Les grandes villes sont transformées grâce à de grands travaux d’urbanisme comme ceux entrepris à Paris par Haussmann, préfet de la Seine, chargé par Napoléon III de donner à la capitale historique un rang de capitale européenne. Les travaux (percement de grands boulevards, assainissement, construction d’un réseau d’égouts, aménagements d’espaces verts, dégagement de gares, construction d’édifices comme l’Opéra ou les Halles) s’étendent sur 18 ans et mettent en place une nouvelle géographie urbaine. Les résidences bourgeoises sont regroupées vers l’ouest, le long des nouveaux boulevards et avenues.
    • Les transports urbains s’améliorent grâce aux tramways. Lancé en 1898, à l’apogée du tramway, le métro parisien est inauguré le 19 juillet 1900 (à Londres en 1867, à Berlin en 1908).

     

        3)      De nouvelles formes de commercialisation se développent

     

    • De nouvelles formes de commercialisation se développent dans les grands échanges et dans le commerce de détail. Les grands magasins apparaissent, dont le Bon Marché (fondé à Paris en 1852) reste le symbole, ainsi que la vente par catalogues qui concurrence redoutablement les boutiques et le colportage. 
    • Les salles de cinéma, l’éclairage des rues au gaz puis à l’électricité attirent les ruraux et achèvent de transformer la vie des citadins. Une culture urbaine s’impose au plus grand nombre. Les mutations dans l’espace urbain sont l’un des aspects essentiels de la civilisation de l’âge industriel.
    • Au début du XX° siècle, en offrant des occasions de promotion sociale, la ville devient une référence et incarne la modernité.

     

        4)      La ville a vu se dérouler les principaux évènements politiques du XIX° siècle. 

    • Pour les hommes politiques, contrôler la ville est aussi un enjeu du pouvoir pour se prémunir contre les révolutions et les révoltes. En France, contrôler Paris signifie contrôler le pouvoir politique.
    • La première moitié du XIX° siècle connaît quelques barricades (les « Trois Glorieuses », trois jours de révolution qui mettent fin à la Restauration en 1830 et l’insurrection des Canuts à Lyon (ouvriers de la soie) en 1831, et dans la plupart des capitales européennes, le « Printemps des peuples » (révolutions populaires et urbaines en Europe) en 1848. En revanche, dans la seconde moitié du siècle, à l’exception de la Commune de Paris en 1870, les révoltes sont rares.

    Les transformations urbaines qui permettent aux États de mieux contrôler l’explosion des villes et la montée des classes moyennes, ont permis aux sociétés de la seconde moitié du XIX° siècle de fonctionner sans trop de violence.

     

        5)      Ces villes qui connaissent un fort développement ont alimenté l’imaginaire social tout au long du XIX° siècle.

    • Elles ont généré les inquiétudes des médecins et des hygiénistes en raison de la mortalité qui y sévit (surpopulation des logements, absence ou déficience de l’approvisionnement en eau et de l’évacuation des déchets).
    • Elles sont perçues comme catalyseur des perversions et des dépravations ;
    • Elles sont aussi source d’inquiétudes pour certains observateurs pour qui les villes constituent une menace et un terreau pour le renversement de l’ordre établi.
    • Certains toutefois ne partagent pas ces vues pessimistes et donnent de la ville une image positive fondée sur le fait :

    v  qu’elle favorise les échanges entre individus ;

    v  qu’elle développe des formes de solidarité ;

    v  qu’elle participe à un épanouissement culturel (édification de monuments symboliques comme la Tour Eiffel).

    • Les visions positives de la ville prennent le pas à partir des années 1880 sur les conceptions négatives

    Les images de la ville se diffusent par l’intermédiaire de la littérature (V. Hugo avec Notre-Dame de Paris, Les Misérables, Balzac La Comédie humaine …).

     

     V – L’émigration des Européens au XIX° siècle : pourquoi la France est-elle à la fin du XIX° siècle un pays d’immigration dans une Europe, espace d’émigration ?

        1)      La croissance démographique accentue le poids des Européens dans le monde.

     

    Au XIX° siècle, on observe des flux migratoires à partir de l’Europe qui concerne plusieurs dizaines de millions d’européens (40 à 50 millions de 1850 à 1914). Dans le même temps, rare sont les Français qui quittent la France.

    Ce phénomène d’émigration est définitif (les européens ne reviennent plus)

    Ils représentent 20 % de la population mondiale en 1815, près d’un tiers à la fin du XIX° siècle.

    Quels sont les facteurs explicables en Europe ? En France ?

    • Facteur socio-économique : la croissance démographique s’explique par la chute du taux de mortalité, permise par les progrès de l’hygiène, dans le domaine de la santé et l’amélioration des conditions de vie tandis que le taux de natalité, à l’exception du cas français demeurerait encore élevé.

    Même si l’Europe s’industrialise (processus d’industrialisation qui transforme les sociétés), le processus d’industrialisation n’offre pas à tous les bras de trouver du travail. Il y a donc le problème du travail d’une grande pauvreté. L’idée est de tenter de faire fortune dans les « pays neufs » : (Argentine, Chili, États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Algérie …).

    • Facteur socio-politique : au XIX° siècle, il existe des candidats à l’émigration car des populations subissent des discriminations, des brutalités. Il y a en Europe centrale et orientale des communautés juives qui sont violemment traités : les pogroms (opérations menées par la police ou armée russe contre les juifs d’Europe centrale et orientale). Ce sont les opposants (syndicalistes, leaders politiques) au régime à caractère répressif (Espagne, PECO) ce qui explique le mouvement des populations à quitter l’Europe à la recherche d’États offrant des garanties (liberté de conscience et d’opinion).
    • Facteur technique : existence à partir de la seconde moitié du XIX° siècle de faire franchir grâce au développement des navires à vapeur un grand nombre de personnes.

    Il y a des compagnies transatlantiques qui vendent à bas prix le trajet (Titanic). C’est sur ces trajets que ces compagnies bâtissent leur fortune (Allemands, Russes, Scandinaves, Anglo-saxons s’installent en Amérique).

    Les États-Unis reçoivent les deux tiers de ce flux, les autres migrants allant surtout au Canada, au Brésil, en Argentine, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Afrique et dans les colonies.

     

    L’émigration est facilitée par les progrès des transports et elle est motivée par les conjonctures socio-économiques et politiques.

     

        2)     Pourquoi la France est-elle un argument d’immigration ? 

    • D’un point de vue socio-économique : la France connaît l’industrialisation mais à la différence des autres pays d’Europe, la croissance n’augmente pas beaucoup car les Français adoptent un contrôle de la natalité (pratique de la natalité).

    La France s’industrialise, ne voit pas sa population augmenter et demeure une France rurale et agricole.

    On ne rencontre pas en France ce que l’on rencontre dans les pays européens donc pas de raison de quitter la France. Puisque les Français restent en France, l’industrie française va chercher de la main d’œuvre d’autres pays (belges, italiens, slaves) à cause du manque de main d’œuvre.

    • D’un point de vue socio politique : la France de la III° République est libérale et pour nombre de personnes, la France apparaît comme une terre d’accueil (nombreux sont les Polonais qui arrivent en France).

     

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